News Article -- Juin (mois) 09, 2008
Les enjeux du nouvel espace unique de paiements européen
Télécharger la version PDF de cet article
Après la monnaie unique, les normes comptables IFRS et Bâle II, puis le système d’échange centralisé Target 2, un espace unique des paiements (Single Euro Payments Area ou SEPA) a vu le jour début 2008. Les enjeux sont de taille pour les banques et les entreprises. D’ici à 2010, le paysage bancaire devrait être entièrement redessiné.
Tel qu’il a été défini par la Commission européenne, le cadre réglementaire du SEPA fixe des objectifs clairs : créer une zone européenne homogène en matière de paiements, un espace utilisant les mêmes standards, les mêmes définitions et des prix identiques ou tout au moins des prix plafonds. 27 pays de l’Union européenne ainsi que la Suisse, le Liechtenstein, la Norvège et l’Islande sont parties prenantes.
D’ici à deux ans, un marché unique des paiements aura vu le jour où les transferts financiers interfrontaliers se feront dans des conditions identiques à celles qui sont actuellement appliquées pour les paiements domestiques. Trois secteurs sont directement concernés. Les virements (« SEPA Credit Transfer » ou SCT) sont opérationnels depuis le 28 janvier 2008. Suivront les prélèvements (« SEPA Direct Debit » ou SDD) et la monétique ou les cartes bancaires (« SEPA Card Framework » ou SCF).
Baisse des prix, nouveaux entrants
Par l’homogénéisation et la création de prix plafonds, le SEPA ambitionne de réduire le coût des paiements intereuropéens, tant pour les particuliers que pour les entreprises. Il devrait également faire disparaître certaines surtaxes aujourd’hui imposées pour des opérations effectuées en dehors des pays d’origine des clients. Autre impact probable : la création d’un espace homogène et l’arrivée d’un statut simplifié d’intermédiaire de paiements pourrait ouvrir la voie à l’émergence d’une nouvelle concurrence.
« La Commission européenne définit des établissements de paiements dont le statut simplifié n’est pas forcément celui d’un établissement de crédit, mais donne le droit de traiter des paiements sous certaines conditions, explique Christian Peeters, partner chez CSC, en charge du centre de compétences Moyens de paiements et Cash management. » « De ce fait,elle crée la possibilité, pour de nouveaux acteurs, de jouer un rôle dans l’univers des paiements sur une bonne partie de la chaîne de valeur », souligne-t-il.
Avant d’ajouter que des « processeurs » (les opérateurs de traitement des cartes bancaires) devraient, par exemple, voir renforcer leur statut d’acteurs du monde des paiements. C’est le cas, notamment, de Sinsys, le regroupement de SSB (en Italie), ex-Banksys (en Belgique) ou d’Interpay (aux Pays-Bas).
Repositionnement stratégique
Selon Christian Peeters, « le SEPA est un extraordinaire catalyseur de la transformation des instruments de paiement en Europe. Et c’est une transformation profonde, dans la mesure où elle va toucher les banques, mais aussi les places financières, le grand public et toutes les entreprises, quelles que soient leurs tailles ».
Confrontées à des pressions sur leurs marges, les banques devront inévitablement mener de front plusieurs réflexions stratégiques pour se différencier et continuer à créer de la valeur. Dans un premier temps, le mouvement de consolidation risque de s’accélérer par de nouvelles acquisitions ou via des partenariats. Chaque banque se trouvera confrontée à plusieurs questions. A-t-elle la masse critique suffisante pour se positionner en tant que producteur, et donc comme un grand joueur capable d’investir dans toute cette transformation ? Est-il préférable qu’elle agisse en tant que distributeur de moyens de paiements, en mutualisant ses forces dans un groupement d’intérêt économique avec celles d’autres établissements ou en sous-traitant certaines activités à des partenaires ? Doit-elle se spécialiser ou recentrer ses activités sur certains pays ou sur certaines fonctions ?
Refonte et transformation…
Une chose est sûre, ces évolutions vont amener les banques à engager de profondes mutations. Il leur faudra compenser des revenus sous pression en développant de nouvelles offres propres à soutenir leur croissance. On estime déjà que des services à valeur ajoutée comme la facturation électronique (e-invoicing), la mobilisation ou le recouvrement des créances vont se développer, ainsi que de nouvelles solutions de connectivité et un renforcement du réseau banque-entreprise Swiftnet.
Parallèlement, la transformation des systèmes d’information existants a commencé. L’objectif étant d’aller vers des architectures agiles, capables de suivre les évolutions du marché et de s’adapter plus rapidement. Premier exemple d’une telle transformation : une grande banque européenne envisage actuellement de centraliser et de standardiser plusieurs back-offices de prélèvement en un endroit unique, consolidant ainsi son organisation paneuropéenne.
… dans un contexte mouvant
Mais, selon plusieurs observateurs, le chantier n’en est encore qu’à ses débuts. Beaucoup de banques se sont jusqu’ici contentées d’incorporer les dispositions réglementaires du SCT – le premier volet du SEPA concernant la gestion des virements (« SEPA Credit Transfer ») – à leurs systèmes d’information. Ce n’est que la partie émergée de l’iceberg : la vraie transformation reste encore à venir pour tout ce qui touche à leur organisation, aux processus et aux systèmes d’information.
La difficulté, pour l’heure, est que les adaptations doivent se faire dans un contexte mouvant, marqué par la diversité des cadres juridiques et fiscaux ou la coexistence de plusieurs plates-formes européennes de règlements (Core, Voca, etc.). Toute la difficulté pour les banques consiste donc à avancer sans réel schéma directeur à long terme, par approximations successives, dans un environnement où tout peut évoluer très vite.
Les entreprises appelées à être acteurs
Du côté des clients, s’il modifie leur environnement, le SEPA leur impose peu de contraintes. Dans un premier temps, c’est donc aux banques qu’il revient de convaincre les particuliers, les administrations et les entreprises du bien-fondé de cette évolution des méthodes de paiement. De leur montrer tous les bénéfices qu’ils ont à attendre de cette transformation, qu’il s’agisse de l’amélioration du niveau de service, de la diminution des coûts associés, d’un accès simplifié à une information standardisée, voire de la probable émergence, à terme, d’un système européen unique de gestion des paiements.
En ce qui concerne les entreprises, d’autres bénéfices peuvent être mis en avant. En plus d’être un outil de réduction des coûts bancaires et de transaction sécurisée, le SEPA est, en effet, un levier pour accroître leurs échanges commerciaux, réduire leurs risques, leurs coûts opérationnels, développer leur compétitivité et optimiser la valeur de leurs actifs. Un catalyseur, aussi, pour les inciter à revoir l’organisation de leurs services comptables et financiers. C’est pourquoi il est important que les entreprises adoptent, dès à présent, une posture dynamique et qu’elles définissent activement leurs besoins et leurs attentes en partenariat avec les banques.
Un premier exemple de ce type de collaboration a eu lieu à Paris du 29 au 30 décembre 2007, lorsque BNP Paribas a organisé sa première université du « Cash Management » autour du SEPA. Près de 150 clients européens ont été invités à réfléchir aux solutions de demain. Nul doute que d’autres initiatives de ce type suivront. L’enjeu pour les entreprises consiste à ne pas subir les transformations, mais à les accompagner et à en tirer le meilleur parti.
Liens associés
En savoir plus sur les défis du nouvel espace de paiement européen
En savoir plus sur les activités de CSC dans le domaine financier
Vous souhaitez de plus amples informations ? Contactez-nous !