News Article -- February 23, 2008
Target 2, ESES, 3G, CCBM2 : quels impacts pour les trésoriers dans la gestion de la liquidité intra journalière ?
La multiplication des projets de place impactant les trésoreries des banques nécessite une réflexion globale sur les leviers permettant d’optimiser la gestion de la liquidité intra journalière. Cette question devient d’autant plus critique que les récents évènements sur les marchés financiers liés à la crise des « subprimes » (crédits hypothécaires à risque) ont des répercussions sur le coût du refinancement des banques sur le marché monétaire interbancaire. Il devient en effet plus difficile et plus coûteux de se refinancer, y compris en intraday.Dès lors, le besoin d’optimiser les positions intra journalières et les garanties nécessaires au refinancement intra journalier devient incontournable. On assiste d’une part à un effort accru d’optimisation des outils de prévision de trésorerie et, d’autre part, à la convergence à terme des métiers Titres et Espèces du fait des réformes sur les conditions de refinancement auprès des Banques centrales (3G et CCBM2).
Le projet Target 2 et l’évolution des systèmes d’échange en France
Le lancement par l’Eurosystème du projet Target 2 - refonte des systèmes de paiements interbancaires européens pour les virements gros montant en monnaie Banque centrale - a comme conséquence, en France, la disparition de la Centrale des Règlements Interbancaire (CRI) et du modèle de gestion des flux interbancaires avec ses deux systèmes d’échange : un système brut, Transfert Banque de France (TBF), et un système net, Paris Net Settlement (PNS).
La disparition de PNS va entraîner une augmentation des besoins de liquidité intra journaliers, même si la nouvelle plate-forme Target 2 devrait offrir un certain nombre de fonctionnalités d’optimisation de la liquidité, comme le pooling notionnel et la mise en place de limites bilatérales et multilatérales.
Certains établissements prévoient également de router un maximum de flux vers le système net européen en monnaie commerciale Euro1, géré par l’Association Bancaire pour l’Euro (ABE). Toutes les contreparties ne sont cependant pas représentées dans ce système qui limite le solde net maximum d’un établissement à 1 milliard d’Euro.
La refonte de la gestion globale des garanties (3G) Banque de France
Parallèlement à Target 2, la Banque de France doit faire évoluer son mode de garantie des prêts aux établissements bancaires. C’est le projet 3G. Alors que la quasi-majorité des garanties Banque centrale en Europe sont effectuées dans le cadre d’un pool de collatéral et de l’utilisation d’une ligne de crédit (opération de nantissement des titres mis en garantie), la BDF était pratiquement la seule Banque centrale à utiliser la technique du earmarking , via des opérations de pension livrée pour garantir les prêts et fournir de la liquidité.
Ce projet révolutionne la gestion des garanties et les relations entre le Trésorier Titres en charge du collatéral, et le Trésorier en charge de la position espèces. En effet, tout retrait de titres figurant dans le pool de collatéral pour obtenir des liquidités en Euroclear (Pension Livrée Conservatoire), ou l’utilisation des titres du pool pour garantir une opération de refinancement auprès de la Banque de France (opérations d’Open Market ), aura immédiatement un impact pour le Trésorier Espèces : sa ligne de crédit dans Target 2 évoluera en fonction du niveau de collatéral disponible dans le pool. Les trésoriers devront donc échanger davantage et coordonner leur utilisation de leurs lignes de crédit titres et espèces.
Le démarrage d’ESES en France
A ces projets déjà impactant pour les trésoriers, se rajoute la disparition de la filière Relit+ (règlement livraison des transactions sur action du marché français), dans le cadre du projet ESES, nouvelle plateforme de règlement livraison d’Euroclear. En effet, la filière Relit+ (Règlement Livraison de Titres) disparaît au profit de la généralisation de RGV (Relit Grande Vitesse), et va donc devenir irrévocable en cours de journée. Dès lors, d’avantage de liquidités vont être consommées par rapport à la situation actuelle où l’on s’appuie sur une filière révocable avec un effet netting.
Enfin, d’importants changements sont attendus au niveau de la filière des OST, avec notamment la modification des dates de référence pour se rapprocher des pratiques internationales.
Comment se préparer aux nouveaux défis ?
Plusieurs pistes sont actuellement explorées par les établissements bancaires, pour se réorganiser et optimiser les filières de refinancement. La première, d’ordre organisationnel, consiste à rapprocher les postes de Trésoriers Titres et Trésoriers Espèces, en favorisant les formations croisées des deux filières et en « déspécialisant » les opérateurs de marché.
La deuxième piste, pour les établissements ayant une forte activité de services Titres aux investisseurs institutionnels et brokers, consiste à développer la compensation interne des ordres, possible grâce à la MiFID, mais également à faire évoluer le statut de leur client dans les systèmes titres, de PR/PDSE à compensé. Ce changement permettra de centraliser la gestion de la liquidité intra journalière et des garanties en Euroclear sur une seule position espèce.
Dans la même logique, côté espèces, la mise en place de hub en Europe, rendue possible par Target 2, est un des axes d’optimisation de la liquidité pour les établissements multi-pays.
Une dernière piste consiste à améliorer significativement les systèmes opérationnels de prévision de trésorerie, afin de gérer au mieux le pool de collatéral et les garanties nécessaires au refinancement intra journalier. Ceci nécessite une analyse de l’ensemble des flux générateurs d’espèces, d’en identifier les systèmes à l’origine des flux, et d’optimiser la qualité et la fréquence des informations de trésorerie.
Les six prochains mois vont être critiques pour les trésoriers, et les tensions récentes sur le marché monétaire interbancaire ne font qu’amplifier les difficultés actuelles. Certains commencent finalement à évoquer un sujet encore peu envisagé dans les pratiques commerciales actuelles : contrôler au niveau client la liquidité intra journalière et si nécessaire, la facturer. La question aujourd’hui n’est plus de savoir si les institutions financières emprunteront cette voie, mais plutôt quand…
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